16 novembre 2008
Barack le poète

Connaissez-vous l'histoire de "Barack and Toni"? Il était une fois un prix Nobel de littérature américaine (1993), AKA Toni Morrison, qui n'avait jamais affiché de soutien politique à un candidat à la Maison Blanche. Alors pourquoi à Barack Obama? A priori pas pour sa couleur de peau, puisqu'elle avait déjà dit de Clinton qu'il était le premier Président noir des Etats-Unis (in The NewYorker, 1998). Comme quoi les goûts et les couleurs ça ne se discute pas, être blanc ou noir, c'est beaucoup dans la tête (pas seulement, je sais!)! Voilà ce qu'elle a dit à Ariel Dorfman, son ami écrivain et essayiste chilien, pendant la campagne présidentielle: Barack Obama est un poète! Là, je vous autorise à vous insurger, parce que quand même, après l'cow-boy, on va pas s'farcir un franc idéaliste et doux rêveur à la tête de ce si grand pays, qui a encore tant d'influence sur la paix et l'économie dans le monde. Pas de panique, Ariel nous explique (pardonnez mes familiarités mais depuis que tout le monde appelle le nouveau Président des Etats-Unis Barack, moi j'appelle tout le monde par son prénom): usage solide et subtil de la langue anglaise, contre désastre linguistique de Bush, charabia rhétorique de McCain et massacre de la langue de Shakespeare que commet la bouche incohérente de Sarah Palin (bon, là je crois qu'on aura compris les amitiés politiques d'Ariel).
Il y a eu un écho en moi... Là, Ariel Dorfman prend une autre direction, et je vous engage à aller la découvrir en lisant l'article. Pour ma part, j'ai été sensible à l'aspect linguistique de la chose. Pour synthétiser ma pensée à l'extrême, je ne trouve pas mieux que de vous restituer le titre du livre que je suis en train de lire en ce moment, d'Alain Bentolila: Le Verbe contre la Barbarie (Septembre 2008).
Je vous résume l'idée (en prenant des raccourcis, et sans m'arrêter au feu rouge): c'est un livre qui vous explique comment la bonne acquisition du langage peut mener à la construction d'une société plus pacifique, et donc plus intelligente (ou plus intelligente et donc plus pacifique, à vous d'voir!). Alors, c'est pas un bon signe que Barack sache parler? Qu'il soit qualifié de poète par Toni (j'vous l'dis, tous mes potes), qu'Ariel parle de la qualité linguistique d'Obama? Tous deux disent aussi qu'il a une imagination créatrice... Il va en falloir pour sortir de la crise!
05 novembre 2008
Après Québec, Madagascar
Que suis-je ?
On y parle de développement durable, d’harmonie, de solidarité, de gaz à effet de serre, de changements climatiques, et aussi de gestion économique et de coopération économique. Dans son rapport de clôture, le mot paix apparaît 19 fois (bah oui, j’ai compté ! parce que sur un document de 8 pages, ça fait beaucoup, non ?).
En octobre, 55 états et gouvernements membres se sont réunis à Québec pour fêter comme il se doit les 400 ans de la ville débattre sur la démocratie et l’Etat de droit, la gouvernance économique, l’environnement et…et…et… la langue française ! Et oui, vous l’ignoriez peut-être, mais en octobre, s’est tenu à Québec le XIIème Sommet de la Francophonie.
Quand je dis « Vous l’ignoriez peut-être », je veux dire « Comment auriez-vous pu le savoir, vu que personne n’en a parlé ! ». Et pourtant, il s'agissait de réunir les chefs d’Etats et de gouvernements dont les pays ont le français en partage, et de débattre de sujets très sérieux (voir plus haut).
Noble, mais peu médiatisé, ai-je pensé ! Alors puisque le prochain sommet a lieu dans deux ans à…à…à… Madagascar (un bon point pour ceux qui ont suivi, un « Bouhhhh -et sifflements- » pour les autres, car la réponse était dans le titre), je vous propose un petit jeu très excitant et pas long du tout... Allez prendre connaissance de la Déclaration de Québec, et donnons-nous rendez-vous dans deux ans place des grands hommes, même jour, même heure, mêmes pommes. Nous verrons alors où le fruit de ces réflexions nous aura conduit… En réalité, je pense pour ma part qu’elles auront au moins eu le mérite d’exister.
Et vous, que faites-vous pour la francophonie? Vous dites "courriel" et pas "email"?
18 octobre 2008
Un mal, des mots
La crise, du latin crisis, est la manifestation grave d'une maladie. Manifestation grave ? Nous y sommes. Malades ? Le sommes-nous ? En tous cas, j'attire votre attention sur la terminologie employée par nos amis les médias. Ces mots, ce sont eux qui les choisissent, et nous qui les reprenons (tous en choeur: un, deux, trois... LA FERME CRISE!). Conscientisez-les pour ne pas vous sentir manipulés. Ces mots-là donneront la couleur à vos pensées. Si sur dix lignes dans la presse, ou une minute à la radio, on vous parle de "désespoir des chômeurs, difficultés des Français, détresse des ménages américains, crise économique inter-planétaire, etc." (vous savez, comme dans un cauchemar, où les mauvais mots se bousculent à la suite les uns des autres, s'enchevêtrent, et finissent par ne plus faire qu'un amas de négation sur lequel le misérable capitaliste épargnant trébuche... et encore, ça, c'est dans le meilleur des cas...), vous aurez toutes les chances de voir la vie en noir. A l'inverse, si l'on vous dit: "l'économie est cyclique, on se sort de tout, on a déjà connu et on connaîtra encore...", un sourire peut renaître, timide, en coin de bouche.
En temps de crise, bon nombre se redécouvre une âme religieuse, ou spirituelle, ou les deux (ça, c'est quand on a perdu sa maison, et sa femme!). D'ailleurs, l'église située à côté de Wall Street a vu sa fréquentation multipliée par six depuis l'éclatement de la crise. M'est avis que des golden boys se sont remis à chercher leur golden god. Bref, plus modestement mais non moins osé, j'ai entendu l'éditorialiste politique d'Europe 1 Claude Askolovitch parler de crise et de morale dans le même billet. Jugez plutôt!
Alors, pour garder le moral, doit-on garder la morale?
Pour ma part, entendre ces deux mots côte-à-côte m'a fait du bien. Pas vous? Si vous dites non, j'ai la solution ultime, the ultimate solution (à lire avec la voix caverneuse de l'américain qui fait les bandes-annonces de films au cinéma). Toujours entendu sur Europe 1, chez Laurent Baffie. Dans ses émissions du dimanche matin, il y un moment où Baffie téléphone à des gens dont le nom de famille s'accorde sans complexe avec le thème choisi. Ce jour-là, il avait invité la comédienne Armelle, à qui il avait confié la mission de représenter La Crise, Madame La Crise. Et Baffie d'appeler Mr Bilan, Mme Faillite (comptable de profession...) et Mr Bénéfice, qui est en train de regarder Plus belle la vie! Vous retrouverez l'extrait à la 44ème minute de l'émission, n'hésitez pas à avancer. Alors, vous l'avez retrouvé votre sourire??
27 septembre 2008
Cuisine et mondialisation
Cuisinez en anglais? Et pourquoi pas? C'est une façon ludique et naturelle d'entretenir son vocabulaire courant d'anglais (fruits et légumes, viandes et poissons, et verbes d'action: remuer, secouer, fouetter, concasser, battre, ciseler et enfin flamber!). Ceux et celles qui ont déjà essayé peuvent objecter que les mesures ne sont pas les mêmes… Et oui, sur les recettes vous trouverez quasi-systématiquement des quantités en cups et tablespoons! Aaargh, me direz-vous… et bien non, pas tant qu'ça, car devinez ce que j'ai trouvé chez C*rrefour, ça:
Des cups et des tablespoons!
Il y a un an, vous ne les trouviez pas en France, en tout cas pas dans la grande distribution (et sûrement pas pour 1€90, oui mesdames messieurs vous avez bien entendu 1€90!). Il fallait alors demander à votre oncle d'Amérique de vous en rapporter. Depuis, la mondialisation est passée par là. Alors, heureux?!
Maintenant armés de vos outils de bataille (je ne sais pas chez vous, mais chez moi, quand j'cuisine, c'est la bataille, San Ku Kaï, San Ku Kaï, dans les étoiles), cherchez les recettes qui vous feraient plaisir, toujours en anglais, of course!
Pour les Français habitués du site Marmiton, il existe la version en anglais Let's cook French. Ce que j’y trouve sympa ? Les WOW dishes. Pour ceux qui ne sont pas très à l’aise avec l’anglais, WOW n’est pas un vrai mot à valeur sémantique précise. Pour les autres, non, il ne s’agit pas de recettes extraites de World of Warcraft, parce que dans ce WOW là, personne ne cuisine. Les WOW dishes sont donc juste des plats faciles à réaliser et qui peuvent en plus impressionner ! Si vous êtes novice, cliquez sur Beginner's delights, et si vraiment le résultat n’est pas à la hauteur de vos espérances, vous pourrez dire que c’est à cause de votre anglais, et pas de votre cuisine !
Maintenant, attention, si vous êtes puriste (en anglais, pas en cuisine…), vous pouvez chercher votre inspiration sur le site de la BBC (j’ai bien dit en anglais, pas en cuisine…). Il y a une centaine de recettes filmées. Ouvrez-bien grandes vos oreilles ! C’est un excellent exercice de compréhension orale ! Culture générale : Nommez un célèbre « chef » britannique… Leçon de vocabulaire : « chef » en anglais, signifie « chef cuisinier » en français. Donc… donc… Jamie Oliver ! Il est jeune, il a la tchatche, c’est un peu notre Cyril Lignac à nous, quoi ! Pour mieux vous en rendre compte, riez bien en regardant le passage de Jamie Oliver dans le David Letterman Late show (et oui, encore de la compréhension orale, je pense à vous, hein ?!), quand Jamie mène Tom Cruise à la baguette…
Et si vous voulez continuer de rire (cette fois-ci, ce sera de la compréhension écrite), jetez un œil au site de Jamie sur sa section Kitchen Disasters. Que dit-on sur l’humour anglais ? Qu’il est drôle ? Ouais, c’est vrai ! Et vous, vous avez des kitchen disasters à nous raconter ? En anglais ou en français ? Question subsidiaire : quelle est votre recette préférée ?
20 septembre 2008
Note aux instits'
Qui dit septembre, dit rentrée scolaire… Et savez-vous ce qu’il y a au programme scolaire des primaires (du CP au CM2)… ? Une langue vivante ! C’est nouveau et ça vient de sortir! Sont inscrites au cycle des apprentissages fondamentaux 54 heures de langue vivante. Je ne sais pas exactement quelles sont les langues que l’on pourra trouver dans les classes. Si l’un de vous sait, qu’il lève le doigt (en nous mettant un post ;-)! J’imagine qu’en Alsace on pourrait trouver une initiation à l’allemand, dans les Pyrénées, une initiation à l’espagnol, dans les Alpes, de l’italien, bon, je ne vais vous refaire toute le géographie de la France (du Breton en Bretagne…, C’est bon, c’est bon, j’arrête !). En tous cas dans ma ville, c’est de l’anglais ! Je ne suis ni en Alsace, ni en Bretagne, ni… OK, j’arrête ! Donc, pour les professeurs des écoles (je dis ça bien, hein ?!) qui se demanderaient quoi faire, je recommande les CDs de la collection jeunesse Assimil (si Assimil est coté en bourse, rappelez-moi de prendre des actions!). A partir du cours élémentaire, vous pourrez facilement travailler avec J'apprends l'anglais en chantant , et il se décline en plusieurs langues: J'apprends le chinois, J'apprends l'allemand, l'italien, l'espagnol et le portugais!
C'est une méthode pédagogique contenant un CD audio de 14 chansons dans la langue choisie avec version instrumentale et un album illustré avec les partitions, les textes des chansons et leur traduction. Dans certaines langues, vous avez même un deuxième volume, avec 12 titres supplémentaires! C'est pour apprendre à dire l'heure, pour avoir le vocabulaire de l'école, celui de la cour de récré, pour savoir dire le temps qu'il fait...
Et en anglais, pour les plus jeunes (grande section de maternelle et CP), vous pourrez user et abuser de Mes premières chansons en anglais, qui sont des chansons traditionnelles anglaises et américaines joliment chantées et très joliment orchestrées! Des actions… qui veut des actions…!
Sous prétexte de faire découvrir de nouvelles sonorités aux enfants (et plus si affinités, comme leur faire apprendre des mots, voire des phrases…!), c'est une occasion supplémentaire d'aborder d'autres cultures! Que chantent les enfants du même âge, dans les autres pays?
En Angleterre, la chansonnette number one des 3-7 ans, c'est Head, shoulders, knees and toes, chorégraphiée. Vous ne la connaissez-pas? Et voici, fausse version U2:
Apparemment, quelqu'un a du mal... Guess who...
29 août 2008
Lu dans Géo
Dans l'article sur l'Atlantique Celte (Géo magazine, août 2008), je lis que Michel LeBris, écrivain malouin, "souligne le danger qu'il y aurait à définir une personne à partir de son clan, sa classe, sa langue". Avant même d'être un danger potentiel, n'est-ce pas une réalité? Comment se définit un individu si ce n'est pas précisément par son clan, sa classe, sa langue?
Une langue régionale, comme ici le breton, est une langue de tradition beaucoup plus proche qu'une langue nationale. C'est une langue de coeur. Ainsi lit-on quelques pages plus loin, à propos d'Anglesey, qu'"au marché, on papote en gallois, mais les enchères -sur la vente de troupeaux ovins- se font en anglais". Doit-on qualifier cet état de fait de "bon sens économique"? Il est en tous cas out of the question de mal se comprendre. Ah, porte-monnaie, quand tu nous tiens!
Pour répondre à votre question (!), Anglesey est une île située à l'extrême nord-ouest du Pays de Galles, face à Dublin. Par soirs de grand vent, quand on se tourne vers l'Irlande, on entend Bono chanter...
24 août 2008
C'était mieux avant...
J'vous l'dis tout de suite: je n'aime pas cette phrase! Que pensez-vous des chiffres donnés dans mon post précédent? Waouh, 6700 langues parlées dans le monde, j'aurais pas cru... ou alors, une langue disparaît toutes les 2 semaines, mais que fait la police? Personnellement, ça m'a rappelé la lecture moyennenment récente (2001, ouais, ça m'rajeunit pas... bref!) du Halte à la mort des langues de Claude Hagège.

Je suis pourtant pro-langues, et fervente défenseuse des minorités, mais là, je me suis dit que peut-être n'était-ce pas si utile de prendre un ton catastrophiste. Je suis toujours contente qu'un spécialiste prenne le temps et l'énergie de nous raconter ce qu'il constate et de nous faire part du fruit de son expérience (et qui mieux qu'Hagège pour nous parler des langues...?), mais si c'est pour nous dire de surtout préserver le monde tel qu'il est et de n'y rien changer, je suis moins contente. Certes, il a dit un peu plus que ça, mais pour en revenir au titre (n'est-ce pas ce qui donne le ton à l'ouvrage?), je le trouve négatif. Quand une langue comme le khomani d'Afrique du Sud est parlée par 23 personnes en 2008 (je vous rappelle que nous sommes 6 milliards sur terre), et qu'elle n'a pas espoir d'être reprise par la nouvelle génération, que va-t-on faire? Livrer bataille pour la perpétuer? Dans quel but? Le propre de l'être humain n'est-il pas justement de s'adapter en permanence à de nouvelles données de vie (économique, écologique, biologique, etc.)? Car ne vous y trompez, les langues dominantes aussi évoluent. C'était mieux avant? Le français que l'on parlait il y a 50 ans était un meilleur français? C'est aussi ce que se disaient les Français il y 50 ans sur la langue de meilleure qualité qui était parlée en France 50 ans plus tôt! Et ainsi de suite... A quand le retour de l'imparfait du subjonctif?
23 août 2008
Les langues en chiffres
- 6700 langues parlées dans le monde,
- 96% des langues ne sont parlées que par 4% de la population mondiale,
- 1 langue disparaît en moyenne toutes les 2 semaines,
- 80% des langues africaines n'ont pas de transcription phonétique écrite.
(Source U.N.E.S.C.O. 2008)
07 août 2008
2008, Année Internationale des Langues
L'U.N.E.S.C.O. a proclamé 2008 année internationale des langues. Son Assemblée Générale veut encourager la conservation et la défense de toutes les langues parlées par les peuples du monde entier (pour en savoir plus, c'est ici). Passionnée des langues depuis toujours, je me suis dit que c'était un bon point de départ pour créer ce blog. Sa vocation sera de traiter l'actualité politique et littéraire des langues, de parler des langues et des civilisations et d'apporter de l'aide et des conseils pour l'apprentissage des langues. J'ai déjà trop répété le mot "langues"? C'est parce que c'est bien de cela qu'il va s'agir sur ce blog!






